Pourquoi un sapin à Noël ?

Théoriquement installé et décoré la veille de Noël et retiré à l’Épiphanie, le sapin de décembre est une tradition ancienne dont les origines se fixent dans l’hémisphère Nord du globe, particulièrement en Europe. Pourquoi cet arbre et depuis quand ?



Arbres sacrés

Les Celtes, associent l’épicéa à la naissance, cet arbre conservant ses aiguilles en toutes saisons. Ils en plantent à l’arrivée d’un nouveau-né. Leur calendrier, basé sur les cycles lunaires, associe un arbre à chaque mois, tel l’épicéa au mois de décembre.

Pour la fête de Yule, ils décorent un arbre avec fruits, fleurs et blé. Cet Yggdrasil, arbre de vie symbolique, est l’arbre-monde sacré reliant Ásgard, le monde des Dieux, Midgard, le monde des humains et Niflheim, le monde de l’obscurité.

L’étoile à son sommet évoque l’étoile polaire de la constellation de la Petite Ourse.

Dans la mythologie nordique, le dieu Heimdall dépose la nuit des cadeaux aux humains méritants.

Les Germains, pour qui le végétal est sacré, se rassurent quant au retour de la verdure en l’accueillant dans leurs demeures.


Un ornement romain prisé

Au moment des Saturnales romaines, pendant une semaine avant le solstice d’hiver, on décore les maisons de végétaux à feuillages persistants et on s’en fabrique des guirlandes qu’on porte autour du cou, principalement du houx, du gui et du lierre, mais aussi du sapin, cèdre, épicéa voire de l’olivier, du buis ou du laurier selon les régions. On festoie en famille et on s’offre des cadeaux : de petites statuettes de cire ou de terre cuite par exemple.


Histoires de missionnaires

Le missionnaire chrétien Saint Colomban fonde en 590 le monastère de Luxeuil au pied des Vosges, dans l’Est de la France. La légende raconte qu’un soir de Noël, il monte jusqu’au sommet de la montagne accompagné de quelques moines. Là se dresse un majestueux sapin, objet de culte païen. Les moines y accrochent leurs lanternes de manière à dessiner une croix lumineuse au sommet. Aux paysans accourus pour voir le spectacle, Saint Colomban raconte les merveilles de la naissance de Jésus pour les convertir, tout en donnant naissance à la tradition du sapin décoré de Noël…

Au VIIIe siècle, pour montrer la domination de la chrétienté sur les rites païens, la légende de saint Boniface de Mayence – un autre moine missionnaire d’origine anglaise mais actif en Allemagne et dans les Pays-Bas – rapporte qu’il abat d’un seul coup de hache un « chêne de Thor », pour convaincre les druides que l’arbre n’est pas sacré. Dans sa chute, l’arbre écrase tout en dessous de lui à l’exception d’un petit sapin. Le dieu Thor ne se manifeste pas : personne n’est foudroyé. Les païens, convaincus, se convertissent.

Saint Boniface abattant le chêne de Thor – Gravure de Bernhard Rode – 1781

Assimilation chrétienne

En Europe au Moyen-Âge on joue, en fin d’année, sur les parvis des Églises, les « Mystères », des scènes bibliques à destination du peuple illettré et analphabète. Pour figurer le Jardin d’Eden et l’épisode de la Tentation, il faut un pommier chargé de fruits impossible à trouver en décembre. On choisit un résineux orné de pommes rouges – symbolisant les fruits de la tentation -.

La forme triangulaire du sapin évoquant la sainte Trinité catholique – les Père, le Fils et le Saint Esprit – il devient l’arbre idéal des célébrations chrétiennes de la sainte Nativité.

Dès le XIème siècle, l’arbre de Noël est garni d’oublies, petits gâteaux secs ronds aussi appelés hosties, et de pommes rouges. En Alsace ce sont les petites Christkind qui deviennent brillantes quand on les frotte. Récoltées en octobre, elles se consomment de décembre à janvier. On les appelle aussi pommes de Saint Nicolas… Elles évoquent le fruit défendu, la grenade dit-on, et le sapin, l’arbre de vie du jardin d’Eden au Paradis.

Au XIVe siècle, on ajoute confiseries et petits gâteaux aux ornements traditionnels du sapin. L’étoile à son sommet représente l’étoile guidant les trois Rois Mages jusqu’à la crèche de Bethlehem où l’Enfant Jésus dort dans une mangeoire tapissée de paille.


Un sapin chez soi

La coutume du sapin décoré de Noël se répand dans une des provinces allemandes d’alors, l’Alsace.

L’historien alsacien Georges Bischoff a trouvé dans un ancien Livre de comptes que l’Oeuvre Notre-Dame commande en 1492 neuf sapins pour les neuf paroisses de Strasbourg « pour accueillir la nouvelle année », puis plus tard en 1539.

Les comptes de la Ville de Sélestat indiquent en 1521 que les Gardes-forestiers sont payés 4 shillings pour « surveiller les arbres à partir du jour de la Saint-Thomas » puis, en 1546, à couper des « mais », soit des arbres verts, pour Noël. En 1555 les magistrats votent une sanction pour quiconque sera pris à couper des arbres de Noël dans la forêt municipale.

En 1560, les Allemands Protestants utilisent la tradition du sapin de noël pour se démarquer des Catholiques dont ils rejettent le culte de la Nativité et la coutume de la crèche.


Sapin, mode d’emploi

L’Alsacien Balthasar Beck écrit en 1600 : « (…) De même le soir de Noël les gardes forestiers apportent les mais. La nuit les messagers, les courriers et les sergents aident l’échanson à le dresser et à le décorer avec des pommes et des hosties. Ce que l’échanson dépense pour l’achat de pommes et autres, on le lui rembourse à la douane. Le cuisinier lui donnera une bouteille de vin, six livres de pain et des lumières. Jusqu’au début de la messe, ils se rendent aux domiciles des membres du Magistrat munis de lampes à poix et de torches et ils les accompagnent pour l’aller et le retour de la messe. (…) Un sapin, dressé et décoré, restera dans la salle de la Herrenstübe jusqu’à la fête de l’Épiphanie, où est consommée une galette contenant une fève servant à désigner le roi de la fête. Après cela les enfants des magistrats, des conseillers de la ville et des employés sont convoqués pour secouer les arbres de Noël et les dépouiller de leurs décorations et gourmandises (…) »


Du peuple aux aristocrates, puis des bourgeois au peuple

Au XVIIe siècle les hosties et les pommes de Noël sont parfois remplacées par des papillotes en forme de roses évoquant Jésus et d’autres fleurs en papier multicolore. La tradition du sapin de Noël gagne l’Amérique du Nord, voyageant avec les colons hollandais et allemands protestants.

Au XVIIIème siècle on éclaire les sapins avec des coquilles de noix remplies d’huile où flottent des mèches ou des chandelles souples nouées autour des branches, douze en principe.

Si la tradition du sapin se développe principalement en France après la guerre de 1870, quand certains Alsaciens optent pour la France – les autres restant Allemands -, elle avait déjà préexisté à la cour du roi.

En 1738 Marie Leszczynska, fille du Duc de Lorraine Stanislas et épouse polonaise de Louis XV, aurait fait décorer un sapin à Versailles.

En 1816, il entre à la cour de Vienne, à l’initiative de la princesse Henriette de Nassau-Weilbourg.

En 1837 l’Allemande Hélène de Mecklembourg-Schwerin, belle-fille du roi français Louis-Philippe Ier, fait à son tour décorer un sapin aux Tuileries.

En 1840, le prince Albert de Saxe-Cobourg Gotha originaire d’Allemagne et époux de la reine Victoria importe la tradition en Angleterre. Immortalisée dans la presse et en tableau, la tradition du sapin décoré se répand quasi instantanément en Angleterre et au-delà avec un succès pour l’instant jamais démenti.


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