Généalogie du Père Noël

Depuis la civilisation, divinités, fêtes et phénomènes naturels sont étroitement corrélés. Le Père Noël est l’aboutissement d’une succession de personnages mythologiques occidentaux dont il conserve encore certains attributs.

Trouvez les points communs

En des temps pré-chrétiens, le dieu principal de la mythologie scandinave, Odin, fend les airs sur le dos de Sleipnir son cheval à huit pattes, distribuant des cadeaux de toit en toit.

Son fils, le puissant dieu de la foudre, Thor, se déplace, vêtu de rouge, sur un char tiré par des boucs.

Thor contre les géants – Marten Eskill Winge – 1872 – © Wikipédia

Le dieu solaire gaulois Belenos porte une hotte et des bottes.

Son successeur, le dieu romain Apollon conduit le char du soleil autour de la terre pour répandre la lumière.


De Saint-Nicolas au Père Noël

En 270 après Jésus-Christ, Nicolas nait dans la cité de Patara, en Turquie actuelle. Converti jeune au christianisme, il devient évêque de Myre. Les Romains le décapitent, probablement pour prosélytisme, un 6 décembre vers 350 après Jésus-Christ. Une fontaine d’huile sainte aurait jailli de son cou. Mort en martyr, il est canonisé.

Une légende rapporte qu’en 1087, des moines montrent le tombeau à des soldats croisés originaires d’Italie. Ils ouvrent le cercueil où les ossements baignent dans l’huile, les volent et les rapportent à Bari. Des bonimenteurs profitent de l’histoire pour s’enrichir en vendant une fausse huile sainte guérisseuse à des malades superstitieux.

Au XIIe siècle, Aubert de Varangéville un chevalier lorrain de retour de croisade, passe par Bari où il s’empare à son tour de « la phalange d’un doigt bénissant ». Il l’emporte chez lui à Port, en Lorraine, devenue depuis, Saint-Nicolas-de-Port

Le culte du saint grandit et devient très populaire dans l’est et le nord de la France, en Belgique, aux Pays Bas et en Allemagne.

Une des légendes les plus célèbres parle d’un boucher ayant tué trois petits enfants pour les mettre au saloir. Saint Nicolas passant par-là, les ressuscite. Le boucher devient son compagnon, le redouté Père Fouettard, craint des enfants méchants. Ensemble, ils défilent le 6 décembre, accompagnés parfois dit-on en France depuis le XIIe siècle, par un vieillard appelé plus tard « Noël ». 

La Bastide Clairence église Notre-Dame-Saint-Nicolas- Landes, France – © Daniel Villafruela

Protecteur des écoliers, Saint Nicolas récompense les enfants sages dans la nuit du 5 au 6 décembre. Ils posent leurs souliers devant la cheminée ou devant la porte pour que Saint Nicolas y dépose un cadeau. En retour, les enfants préparent du sucre, du lait et une carotte pour la mule du saint.


Convergences des genres

Avec la Réforme, les protestants relèguent les saints pour se concentrer sur les figures principales de la chrétienté. Si l’enfant Jésus, le « Christkindel » parfois représenté par une jeune fille, supplante Saint Nicolas en Allemagne, « Sinter Klaas » se maintient aux Pays-Bas. Mais le « Christkindel » est trop petit pour conduire le traîneau et trop chétif pour soulever une hotte ou un sac de cadeaux…

Christkind – Musée de Bouxwiller Bas-Rhin

Au XVIIIe siècle en Allemagne ressurgissent le petit peuple des fées, des elfes et… le « Weihnachtsmann », l’homme de Noël, qui se déplace en traîneau offrant des sapins décorés de cadeaux.

Dans les contrées nordiques, c’est le nisse ou le tomte, des lutins, qui interviennent à la fête du milieu de l’hiver, la « Midtvintersblo », pour gratifier les humains de cadeaux.

Julbocken – John Bauer – 1912 – © Wikipédia

Fin du XVIIe siècle, des gravures anglaises figurent le « Father Christmas », « Sir Christmas » ou « Lord Christmas ». À l’instar du Dieu Odin, une longue cape à capuche verte couvre ses épaules et sa tête est couverte d’une couronne de fleurs, de lierre ou de gui. Passant de maison en maison, il s’invite à table. Lui faire bon accueil garantit un hiver clément.

Vers 1870-1890 en France, le « Père Noël » est un vieillard chenu dont le manteau est tour à tour vert, bleu, jaune, violet, orange, voire brun. Il passe au rouge juste avant 1914. Il coexiste avec le maigre et austère « Bonhomme Noël » ou « Père Janvier » couvert de vêtements d’hiver blancs et rouges. Antipathique, il punit les enfants désobéissants à coups de baguettes glissées dans sa ceinture. S’il partage avec Saint Nicolas d’arborer une barbe blanche et de porter parfois une bure, la comparaison s’arrête là.

Simultanément, l’« Enfant Jésus » est bien présent.


Un personnage de synthèse

Au XVIIe siècle, Saint Nicolas voyage jusqu’en Amérique avec les colons hollandais. Celui qu’ils appellent « Sinterclaes  » y deviendra « Santa Claus » puis « Father Christmas », le Père Noël.

Deux pratiques coexistent, les migrants francophones catholiques s’attachent à l’enfant Jésus pour la fête de Noël, tandis que les anglophones maintiennent la tradition d’un Santa Claus distribuant des cadeaux.

En 1809, pour Washington Irving, Saint Nicolas est un vieux lutin qui « s’envole au-dessus des arbres dans un chariot volant, transportant ses cadeaux aux enfants ».

En 1821, dans le livre « Un Cadeau pour le nouvel an aux petits de cinq à douze ans » édité à New York, un poème anonyme parle du « Old Santa Claus ».

En 1822, un autre poème édité anonymement et attribué au pasteur américain Clement Clarke Moore, « Une visite de saint Nicolas » raconte le « petit vieux gaillard et ventripotent de St Nick » se déplaçant dans un traîneau tiré par huit rennes sur les toits au son des clochettes. Vêtu d’un manteau de fourrure il distribue des cadeaux en passant par la cheminée.

Depuis 1823, on connaît les noms des huit rennes du Père Noël : Tornade, Danseur, Furie, Fringant, Comète, Cupidon, Éclair et Tonnerre. Ils deviennent, dès lors, les sujets de nombreux livres puis, beaucoup plus tard, les héros de films d’animations pour les enfants.

En 1939 le poète Robert L. May invente l’histoire de Rudolphe le renne au nez rouge.


Du personnage mythologique à la figure commerciale

En 1838, Robert Walter Weir dessine Saint Nicolas pour la première fois en costume rouge et blanc sous les traits d’un lutin grincheux dont la petite taille lui permet de se glisser dans une cheminée.

En 1863, Thomas Nast, Américain né en Allemagne, publie dans le journal new-yorkais Harper’s Weekly le dessin en noir et blanc d’un personnage ventru, vêtu de fourrure, d’une ceinture noire et d’un bonnet. Il viendrait du pôle Nord, région froide, mystérieuse et alors encore inexplorée. Plus tard ses dessins seront mis en couleur selon les modes du moment.

Thomas Nast – Harpers Weekly – 1863 – © Wikipédia

En 1921, Norman Rockwell colore « Saint Nick » de rouge pour la couverture de The Country Gentleman. 

Norman Rockwell – The Country Gentleman – 1921

En 1931, Haddon Sundblom, Américain d’origine suédoise, dessine pour la société Coca-Cola, le Père Noël à taille humaine tout en lui conservant sa bonhommie, ses rondeurs et sa figure joviale. Pour trouver de nouveaux marchés pour le soda pendant l’hiver américain, la société exporte la boisson vers des pays chauds où la saison estivale bat son plein. C’est ainsi que l’image du Père Noël accompagne avec le soda à travers le monde.


Père Noël ou Enfant Jésus, faut-il choisir ?

Dans l’Europe de l’après-guerre, le Père Noël exaspère les Chrétiens. Le Père Noël commercial a pris le pas sur la célébration de la naissance de Jésus. En 1951 le sujet fait vivement débat en France au point que des politiques de renom en débattent.

Le journal La Croix rapporte « une campagne des mouvements catholiques contre le Père Noël » : un curé en brûle une effigie accrochée aux barreaux de la cathédrale de Dijon devant des enfants choqués. La presse fait écho.

L’ultra commercialisation de la fête de Noël depuis la seconde moitié du XIXe siècle fait craindre la perte de sens de la célébration religieuse.

Mais l’anthropologue Claude Lévi-Strauss défend le Père Noël qu’il considère comme la « divinité d’une classe d’âge ».

La psychanalyste Françoise Dolto insiste sur l’utilité du Père Noël. Pour elle, le moment de la démystification du personnage est un rite de passage d’un âge vers un autre. Elle est d’ailleurs soutenue dans sa conviction par son frère, ministre de la Poste qui lui confie en 1962 la tâche de mettre en place une carte-réponse type pour répondre aux enfants qui écrivent au Père Noël. Depuis, si le système s’est modernisé, il existe toujours, en France comme ailleurs. Ici le Secrétariat du Père Noël français, là, la lettre-type à envoyer par la Poste française.

Il existe, en Laponie, le village du Père Noël. L’occasion d’un fabuleux voyage dans une contrée extrême où le frisson du grand froid le dispute à l’excitation de vivre un rêve d’enfant.

Dans un monde en quête de sens, mais où petits et grands s’attachent à des personnages fictifs aux figures sympathiques et où le commerce se veut divertissement pour mieux séduire, gageons que le Père Noël a encore de beaux jours devant lui.


Pour aller plus loin

  • Arbre généalogique du Père Noël selon Jean-Claude BAUDOT, illustration de Jean-Michel SAGNOLS, 1986 – 30 x 40 cm
  • « Biographie du Père Noël » Catherine LEPAGNOL, édition Hachette, 1979
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