SIAT, saga d’une famille de scieurs à Urmatt – Bas-Rhin

Entreprise familiale première de la filière bois en France, parmi les scieries les plus importantes et modernes de résineux d’Europe, installée dans le Piémont des Vosges en Alsace, l’entreprise SIAT fêtait en 2018 ses 200 ans d’existence, portée par les valeurs familiales : efficacité, qualité, savoir-faire, innovation et investissement.

Michel Siat et Chloé Spengler, chargée de communication, m’accueillent pour une visite guidée. Ce faisant, nous évoquons ensemble la saga des sagards Siat, scieurs de la Vallée de la Bruche. Avec son ami Jérôme Trollet, Michel Siat, a compilé les archives de sa famille dans un ouvrage destiné à usage privé. Il nous permet d’en découvrir les grandes lignes ici.

Vue prise depuis une montgolfière installée sur site, Urmatt, 2017, lors des portes ouvertes. © Corinne Longhi © D’Alsace et d’ailleurs

Dans la vallée de la Bruche

Ressources vitales

Au XIXe siècle, dans la Vallée, il faut 40 ares pour alimenter une vache, 10 ares pour planter des pommes de terre. La forêt pourvoit au complément (cueillette, braconnage, bois de chauffage ou de construction…). Ceux possédant moins de 20 ares survivent à grand peine, malgré leurs statuts d’artisans : voituriers, tisserands, artisans, boulangers, journaliers ou bûcherons.

Dans la première moitié du XIXe siècle, il y a plus d’habitants dans la vallée que de ressources alimentaires disponibles. Main-d’œuvre nombreuse et bon marché, parfois mise au travail dès l’âge de 5 ans dans les filatures nouvellement implantées dans la région, ces personnes vivent dans des conditions difficiles.

Dès le Moyen-Âge, les cours d’eau permettent d’acheminer bois et pierres provenant des Vosges jusqu’à un débarcadère situé à La Montagne Verte, vers Strasbourg, à la jonction de la Bruche avec l’Ill. Ils sont un enjeu majeur de l’économie locale et de la filière bois.

L’industrie textile précède de peu les scieries dont certaines, devenues importantes, sont encore actives début XXe siècle : Frémiot, Hugues, Vidrin, Ganier, André, Bienvenot…

Résineux d’Alsace © Corinne Longhi © D’Alsace et d’ailleurs

De bois et d’eau

Au XIXe siècle, l’énergie hydraulique aide à scier le bois autant qu’à moudre le grain. Preuve de sa valeur, il faut demander une autorisation pour pouvoir en bénéficier. Sur un même cours d’eau, on attend son tour pour profiter d’un débit suffisant. On adapte aussi l’activité aux saisons, en tenant compte du gel, des crues, de la sécheresse…

Dans la vallée de la Bruche, des conflits d’intérêts opposent propriétaires de la filature et habitants. Les premiers exploitent la force motrice de l’eau à des fins industrielles, les seconds pour scier leur bois de chauffage ou de construction une heure par jour en moyenne : le reste de la journée est consacrée à leurs activités salariées ou agricoles.

Aussi le sujet de la gestion de l’eau fait souvent débat lors des réunions des conseils municipaux. Les intérêts s’affrontent. Il faut attendre les années 1960 pour que l’eau soit acheminée à domicile dans la majorité les villages d’Alsace. En attendant, on la puise ou on la recueille aux fontaines.

Jusqu’à l’avènement de la machine à vapeur, l’arrivée du train et la mécanisation, l’eau est une précieuse alliée au XIXe siècle : on achemine les grumes (troncs d’arbres coupés) sur les rivières et les fleuves. Elles sont débitées grâce à des scies verticales actionnées par l’énergie hydraulique.

Contrôle de la pression, unité de co-génération, Urmatt 2017 © Corinne Longhi © D’Alsace et d’ailleurs


Fondation à Oberhaslach

Joseph Siat père (1765-1828)

Le grand-père maternel de Joseph Siat est l’adjoint local du régisseur des forêts de l’évêché de Haslach, un poste en vue et important. Joseph, dès l’âge de 10 ans, fait des aller-retours entre son grand-père et les bûcherons, débardeurs et sagards, portant les messages de l’un aux autres et réciproquement. Cette expérience fonde une expertise des différents métiers du bois, faisant de Joseph un négociant reconnu.

Après la Révolution, le domaine d’Haslach, proclamé bien public, devient la forêt indivise de Dinsheim, Still, Heiligenberg, Lutzelhouse, Urmatt, Niederhaslach et Oberhaslach. Les compétences de Joseph Siat sont précieuses pour les conseillers municipaux inexpérimentés. La gestion du bois, ressource essentielle, est un enjeu majeur pour ces communes.

En 1789, épousant Thérèse Dantzer (1733-1793) il entre dans la famille des meuniers d’Oberhaslach. Ce mariage lui donne accès à des capitaux. Grâce à l’emprunt contracté auprès de son beau-père Jean Dantzer, il achète en 1818 à Oberhaslach, accompagné de son fils aîné Joseph (1791-1866), le moulin à grains Weisbeck sur la Hasel, un affluent de la Bruche. Il doit tout apprendre du métier de la minoterie, mais bénéficie du soutien de sa belle-famille et de son épouse.

En 1824, après autorisation royale, il installe sa scierie en aval de son moulin à grains. C’est la huitième construite sur la Hasel, petit affluent de la Bruche. Elle est équipée d’une scie à bloc actionnée par une roue à augets en bois, semblable aux roues à aubes, démultipliant la force de l’eau. Joseph Siat l’active quand il n’y a plus de grains à moudre. Thérèse gère les finances. L’affaire tourne bien.

Les écorces attendent d’être transformées dans l’unité de co-génération visible à l’arrière-plan, site d’Urmatt, 2017 © Corinne Longhi © D’Alsace et d’ailleurs

Joseph Siat fils (1791-1866)

L’ancrage dans la communauté des meuniers se renforce quand Joseph Siat, fils aîné de Joseph et Thérèse Siat, épouse en 1819 Catherine Hemmerlé dont les parents possèdent aussi un moulin à grains à Oberhaslach. Joseph Siat fils développe la scierie familiale, épaulé à son tour par son fils François-Joseph (1863-1919). En ce temps-là, les scieries sont constituées d’un haut-fer : une lame verticale fixée sur châssis appelé « plumet » scie, uniquement dans le mouvement descendant, grâce à la pesanteur, le tronc posé sur un support en bois horizontal appelé « banc » qui avance au fur et à mesure du sciage.

Parallèlement, Joseph est élu maire d’Oberhaslach, comme son père avant lui.




Urmatt

Florent Siat (1800-1876)

Le fils cadet de Joseph et Thérèse Siat, Florent Siat, s’installe à Urmatt où il épouse Marie-Anne Schuller. Maire d’Urmatt, Antoine Schuller aide son gendre. Sur sa grande propriété, Antoine Schuller permet à Florent Siat d’installer sa scierie, la troisième à Urmatt.

Pour trouver un capital, Florent vend sa part d’héritage à son frère Joseph en 1835. Achetant des parcelles de terrain jouxtant sa maison, il construit sa scierie sur le Soultzbach en 1838. Le débit inégal du cours d’eau le contraint d’utiliser la force animale en complément. Dans un « manège », des chevaux attelés tournent en rond, actionnant un axe vertical entraînant tout le système.

Si l’affaire est rentable dans un contexte socio-économique favorable et que Florent s’entend bien avec son frère aîné Joseph, le métier reste pénible. Il faut parfois travailler jour et nuit, se calquant sur le débit du Soultzbach.

Cheval de trait attelé pour les travaux de la ferme, écomusée Ungersheim 2021 © Corinne Longhi © D’Alsace et d’ailleurs

Jean-Philippe Siat

Jean-Philippe Siat (1830-1908) est le cinquième enfant de Florent. Il épouse en 1864 Anne-Marie Lotter fille d’un scieur- marchand de bois à Boersch. Une armoire alsacienne peinte, apportée en dot, entre ainsi dans la famille et s’y trouve encore aujourd’hui.

Les choses se passent bien entre le père Florent et son fils Jean-Philippe. Ensemble ils tentent vainement d’obtenir, auprès du conseil municipal, le droit de détourner un cours d’eau pour renforcer l’énergie hydraulique du Soulzbach. Face au prix élevé du bois, ils cherchent à réduire les coûts de production.

En 1866, Jean-Philippe demande au préfet le droit d’installer une chaudière à vapeur. Sa requête est acceptée. Il s’équipe d’une locomobile en 1870, modernisant sa scierie. Cette machine produit une importante quantité de vapeur et donc d’énergie avec peu d’eau.

Quand, en 1876, Jean-Philippe hérite de l’affaire de son père, l’Alsace est allemande depuis 5 ans.

À l’été 1877, la scierie prend feu. Il n’en reste rien. Heureusement pour eux, Jean-Philippe et Anne-Marie Siat vivent depuis quelques années plus haut dans le village, dans une maison jouxtant une chapelle.

Envoi de chaleur dans la montgolfière pour voir le site d’Urmat d’en haut pendant les portes ouvertes, 2017 © Corinne Longhi © D’Alsace et d’ailleurs

Concurrence et opportunité

À Urmatt, il y a deux autres moulins à bois. Ils sont installés sur le Muhlbach : celui de Jean-Baptiste Muller, patron fortuné de la filature du Mullerhof et celui de Florent Mosser, charron dont l’épouse tient un débit de boisson, le « Belle-Vue ».

Jean-Baptiste Muller s’ingénie à bloquer la scierie de Florent Mosser en limitant le débit de l’eau.

Quand, après des années de conflit et de recours pour obtenir gain de cause, un nouveau règlement rend justice à Florent Mosser, celui-ci finalement écoeuré, vend sa scierie à Jean-Philippe Siat en 1878.

Ce nouvel emplacement est idéal. Il se situe à proximité de la nouvelle gare d’Urmatt sur la ligne construite par les Allemands reliant Mutzig à Saales. Ce positionnement permettra de meilleurs échanges commerciaux.

Le mur de droite sur le Muhlbach, portait la scierie de Florent Mosser, à Urmatt © Corinne Longhi © D’Alsace et d’ailleurs

Investissements

Jean-Philippe Siat continue d’équiper sa scierie. En 1879 il installe une nouvelle déligneuse servant à scier une pièce de bois dans le sens des fibres, de la longueur donc. Puis en 1881, un châssis remplace le haut-fer ; il scie le billon. Le billon est un tronçon de bois coupé dans une grume en un seul passage. La grume désigne un tronc abattu encore couvert de son écorce. Le châssis à scie, c’est la partie mobile portant les lames.

En 1889, Jean-Philippe équipe, le premier, sa scierie d’une turbine produisant de l’électricité pour l’éclairer.

En 1900, la halle de sciage est agrandie. Elle s’augmente d’une raboteuse rainureuse allemande. Un hangar pour le séchage du bois complété par une petite ligne de chemin de fer dotée de wagonnets pour convoyer la production sont construits. À cette date, outre celle de la famille Siat, il y a les scieries Muller et Wahlmann.

En 1902 un bureau en briques accueille les activités administratives.

En 1906 il installe une seconde locomobile qui équipée d’une dynamo partage d’abord l’électricité aux habitations voisines puis, plus tard, au village entier. Cette compétence est rachetée à la scierie Siat en 1912 par l’Elektrizitätswerk Strassburg.

Estimé de ses concitoyens, Jean-Philippe Siat est élu maire en 1881 et conserve son mandat jusqu’à son décès en 1908.

Stockage de bois transformé, site d’Urmatt 2017 © Corinne Longhi © D’Alsace et d’ailleurs

Transports

Les cargaisons de bois sont initialement transportées à dos d’hommes ou d’animaux. La schlitte est une luge physiquement guidée et freinée par les hommes qui se mettent devant, en descente. Elle sert à acheminer les billots de bois depuis la forêt. L’alternative, ce sont les chariots tirés par des boeufs ou des chevaux sous réserve d’accessibilité. Pour les envois aux longs cours, on charge ensuite les grumes sur des embarcations halées par des animaux, au long des canaux, les tirant à contre-courant jusqu’au prochain port.

Une autre technique consiste à laisser les grumes marquées par leurs propriétaires flotter librement sur les cours d’eau. Elles sont ponctuellement guidées et suivies par les maîtres flotteurs. Cette méthode occasionne beaucoup de pertes et de dégâts, le bois se fracassant sur des infrastructures ou les rochers.

Ces acheminements comportent de nombreux risques : chariot ou schlitte qui se renverse, roues embourbées ou brisées, blessures, décès, incendie, cargaison qui coule, embarcation prise dans les glaces, destruction de la marchandise…

L’arrivée du train facilite les transports, réduisant leur durée et leur coût. Ce nouvel outil favorise les échanges commerciaux avec l’outre-Rhin, offrant une relative prospérité aux scieurs de la Vallée de la Bruche.

La vallée s’industrialise. L’agriculture s’améliore. Mais la vie des petites gens reste laborieuse et pénible : partis dès l’aube en sabots travailler dans les manufactures, ils rentrent 12 heures plus tard, de la même façon, en sens inverse, et ce, quelle que soit la météo.

Le chariot donne une idée de l’échelle du site, Urmatt, 2017 © Corinne Longhi © D’Alsace et d’ailleurs

La scierie des frères Joseph (1866-1951) et Louis (1873-1937) Siat

Les fils de Jean-Philippe Siat, Joseph et Louis héritent de la scierie d’Urmatt au décès de Jean-Philippe en 1908. Ils en acquièrent une seconde à Grendelbruch.

Quand la Première Guerre mondiale éclate en 1914, ils ont 50 et 43 ans. Selon un rapport de l’administration allemande, en 1916 la scierie Siat compte 70 employés, bûcherons compris, la classant parmi les plus importantes de la région. Les frères sont exemptés de guerre pour continuer à diriger l’entreprise dans l’intérêt national (l’Alsace est allemande depuis 1871). Joseph Siat est maire de 1917 à 1919.

Joseph et Louis investissent probablement pendant la guerre, initiant des travaux favorisant l’arrivée de nouveaux équipements. Cela suppose la perspective de bénéfices assurés fondés sur un approvisionnement en grumes suffisant et dont l’acheminement est garanti. À ce titre, la voie ferrée reliant Grendelbruch et le Floesspatz et supposément construite et active entre 1900 et 1920 est un mystère que la famille Siat, faute d’archives, aimerait éclaircir aujourd’hui.

Vers 1923, les frères acquièrent des châssis Linck qu’ils découvrent chez le fabricant, en Forêt Noire. Puis en 1925 ils s’équipent d’une machine à vapeur du fabricant mulhousien Wick Spoerlein. Ces achats placent leurs scieries parmi les mieux installées de la région.

Parc à grumes, Urmatt, 2021 © Corinne Longhi © D’Alsace et d’ailleurs

Malheurs à la chaîne

La scierie familiale pâtit de la crise de 1929 et de la récession économique.

En 1934 un incendie détruit la scierie d’Oberhaslach avec ses dépendances. Les employés rejoignent alors celle d’Urmatt.

L’été suivant, en août 1935, Jean Siat, le fils aîné de Joseph fait un malaise alors qu’il se baigne en famille dans le Baggersee et se noie. Il laisse une veuve à qui il était marié depuis 3 ans. Collaborant depuis près de 15 ans avec son père, il en était le successeur évident. Joseph enjoint Pierre, son dernier fils, de quitter ses études de droits à Paris pour venir le rejoindre à Urmatt.

En 1937, Louis décède. Ses fils, Joseph et Pierre, continuent ensemble. Les entreprises de la filière bois se portant garantes les unes des autres, la scierie Siat est caution de la scierie Braun et inversement. Nouveau coup dur, Ferdinand Braun dépose le bilan et Joseph et Pierre Siat doivent rembourser les grumes achetées et transformées par Ferdinand Braun. La trésorerie de l’entreprise est plus mal, cumulant 9 mois de découvert.

La même année, Pierre est appelé à Gérardmer pour faire son service militaire, deux ans dans l’armée française. À peine rentré, il est mobilisé quand la Seconde Guerre mondiale éclate en 1939 et part pour Sedan. Brièvement passé en Angleterre, Pierre revient se battre en Bretagne où il est fait prisonnier en juin 1940. De là, il est envoyé dans un camp en Allemagne.

En 1940 à Urmatt, les forces militaires françaises réquisitionnent. La scierie Siat est délestée d’une remorque, de 200 litres de carburant, d’un camion, de deux vaches et de 24 m3 de bois. Le jour de l’armistice, le 22 juin 1940, Urmatt redevient allemand.

Pierre, considéré comme citoyen allemand de par son origine alsacienne est démobilisé. Il retrouve sa famille à Urmatt, mais la scierie est à nouveau réquisitionnée, mais cette fois, par la Kommandantur. La maison Siat loge des officiers allemands. La production est considérablement ralentie : outre les restrictions et la pénurie de main-d’oeuvre, on ne travaille plus que de jour, pour respecter le couvre-feu.

En janvier 1944, Pierre est envoyé en Prusse Orientale subir une formation dans l’armée allemande, la Wehrmacht, avant d’être expédié sur le front Russe. Chauffeur pour un officier, il fomente un plan d’évasion réussi en mars 1945. Capturé par les Russes, il est finalement reconnu Français. Se glissant opportunément dans un groupe de prisonniers français libérés par La Croix-Rouge Internationale, il rejoint enfin Urmatt en passant par Francfort et Châlons-sur-Marne.

Ancienne scierie Ferdinand Braun à Niederhaslach © Corinne Longhi © D’Alsace et d’ailleurs

Mécanisation

Le développement des technologies profite aux entreprises. Pendant la Guerre, les engins mécaniques commencent à remplacer les véhicules à traction animale. En 1942 un tracteur bavarois entre dans le parc automobile de la scierie. Il permet l’approvisionnement en grumes (de chaque côté de la frontière) ainsi que le fauchage des prés et la récolte des foins. S’y ajoutent quatre tracteurs pour le débardage en forêt et deux grutiers.

Quand Pierre, 31 ans, et son cousin Robert, 35 ans, reprennent la scierie en 1945, faute de capitaux, elle est telle qu’en 1927. Le redémarrage se fait progressivement avec le retour des prisonniers et donc de la main-d’oeuvre.

L’activité connaît l’essor d’après-guerre grâce à l’accélération de la mécanisation : camions, tracteurs, machines-outils… On peut aller plus loin en forêt effectuer des prélèvements, on gagne du temps et on augmente les rendements. Tout est à reconstruire, il y a du travail mais il faut savoir s’adapter aux conditions de la reconstruction en attendant le plein rétablissement des voies de communication, l’accès à toutes les matières premières et la rentrée de nouveaux bénéfices.

Au titre de dommage de guerre, 6 millions de mètres cubes de bois sont prélevés en forêt allemande.

Urmatt, 2021 © Corinne Longhi © D’Alsace et d’ailleurs


Renouveau

Au temps des cousins Pierre Siat (1914-1988) et Robert Siat (1910-1937)

Dans les années 1950, hors le châssis Linck, toutes les machines sont arrêtées. Les employés, 4 à 5, travaillent 9 h consécutives, venant toujours à pieds en toutes saisons. Économiquement, c’est la période faste de la reconstruction d’après-guerre ; les Trente Glorieuses.

Pierre Siat est le fils de Joseph Siat, Robert Siat, celui de Louis. Pierre et Robert sont donc cousins oeuvrant côte à côte.

Le développement de la scierie trouve une ressource de qualité en la personne du beau-frère de Pierre Siat, Joseph Rossi. Il impulse de nouveaux outils de gestion avant de poursuivre une carrière chez Nestlé, où il dirige plusieurs usines en Amérique du Sud.

En 1951, la famille se rend, avec quelques collaborateurs, à l’Exposition Internationale du Bois à Lyon.

L’investissement remarquable de la décennie est l’achat de la forêt du Floessplatz en 1953, quand le domaine de Grendelbruch est scindé en deux par le fait de la succession dans la famille Muller du Mullerhof. Les Siat s’organisent et, avec l’aide du Fonds Forestier National créé en 1946, le domaine entre dans leur patrimoine.

En 1954 on célèbre les employés fidèles. Le sous-préfet les honore de médailles pour leurs 30 et 40 ans de travail dans la scierie.

L’automne 1958 connaît un nouveau drame : la scierie s’embrase. Le feu réduit en cendres les archives. La halle de sciage est intacte. Mais les axes de transmission de l’ancienne scierie Mosser, déformés par la chaleur, sont inutilisables.

Éprouvées par la crise des années 1930, dotées d’un matériel vétuste, évoluant économiquement irrégulièrement, les scieries concurrentes Bienvenot, André et Hugues sont, dans les années 1960, sur le déclin.

En 1961, la famille Siat se rend à Expobois à Lyon. L’occasion de repérer les nouveautés pour se moderniser. La trésorerie revenue à l’équilibre permet de remplacer les châssis de 1923 par de nouveaux. Une nouvelle halle de sciage et deux autres châssis sont ajoutés.

Les grumes sont écorcées, Urmatt, 2021 © Corinne Longhi © D’Alsace et d’ailleurs

Chocs pétroliers

Avec la décennie des années 1970 survient la crise. Finies les années fastes, les conditions se durcissent. Les chocs pétroliers de 1973 et 1979, marquant une hausse brutale et importante des prix du carburant, impactent l’ensemble de l’économie mondiale. Les prix du bois augmentent, comme ceux du bâtiment. Il devient difficile d’amortir les investissements.

En 1970, Robert Siat, 60 ans, gère la maintenance et l’entretien des machines. Son cousin Pierre Siat, 53 ans achète les bois. Le fils cadet de Pierre, Philippe, né en 1948, rejoint la scierie, successivement diplômé de l’École du Bois de Mouchard et d’un cursus d’études comptables à Grenoble. Il commence comme contremaître responsable de la production. Philippe incite son père Pierre et son oncle Robert à acheter des nouveaux châssis, toujours chez Linck.

Mais sitôt arrivé, il est appelé pour faire son service militaire en 1971. Un coup dur pour la scierie : la faible trésorerie empêche l’achat de la forêt du Guirbaden et l’absence de Philippe est sensible.

Vue du site prise depuis le bâtiment de co-génération à Urmatt, le long d cela voie ferrée © Corinne Longhi © D’Alsace et d’ailleurs

Coup de vent

Un ouragan frappe le Mont Brocken en Allemagne en 1972. Il abat 17 millions de stères de bois. On appelle chablis ces grumes couchées par le vent. Pierre et son père Philippe en achètent 15 000 m3 dont il faut organiser l’acheminement en optimisant les coûts : le site est à plus de 500 km. De fait une dizaine de membres de l’équipe s’installent sur place dans des roulottes. Ce projet logistique fou crée un précédent resté dans la mémoire de l’entreprise sous le nom d’« opération Altenau ». Le second achat de 10 000 m3, expédié par train et camion, porte à près de 30 000 m3 le volume acheté.

La construction d’un parc à grumes Esterer, un des premiers en France, est lancée. Mais l’oubli d’un gant mouillé sur le radiateur de la cabine de pilotage la carbonise avec son système de commande. S’ensuivent d’importantes difficultés financières : l’assurance trouve prétexte à ne rien rembourser. Aussi faut-il tronçonner le bois manuellement pendant plus d’un an.

Malgré les difficultés financières et économiques, Pierre, Robert et Philippe investissent toujours : un grappin hydraulique, deux treuils, une nouvelle scie à ruban, un dédoubleur et un portique, continuant de moderniser la scierie.

Si l’achat de bois à moindre prix était une belle opportunité, avec la crise, les commandes se font rares. Le second choc pétrolier de 1979 fait disparaître la moitié des scieries.

Les grumes écorcées sont présentées au scanner, Urmatt, 2021 © Corinne Longhi © D’Alsace et d’ailleurs

Philippe (1948) et Pierre (1959) Siat

Le capital de l’entreprise est réparti à parts égales entre les cousins Pierre Siat et Robert Siat, fils des frères Joseph (1866-1951) et Louis (1873-1937) Siat. Avec certaines des soeurs Pierre, les frères tiennent un pacte majoritaire à la tête de l’entreprise. Il devient problématique quand Robert souhaite prendre sa retraite. La situation reste bloquée quelques années, jusqu’à ce que la femme de Robert propose de vendre quelques actions à Philippe.

Dans les années 1980, la filière bois se met en place. Il s’agit d’inciter à consommer les ressources nationales et de fédérer les entrepreneurs. Le gouvernement subventionne l’activité pour aider les entreprises encore vaillantes à se moderniser et relancer l’activité. La productivité s’améliore.

À l’été 1982, Paul Siat, diplômé de l’École Nationale du Bois, part en service militaire avant de rejoindre son frère Philippe et son père Pierre à la scierie. Pierre cède la direction à ses fils et se consacre à l’achats de grumes et de la forêt du Floessplatz.

À l’hiver, des vents violents abattent cinq années de récolte de bois dans le Massif Central, occasionnant l’ « opération Noirétable » pour un achat de 30 000 m3. En la circonstance, on acquiert une nouvelle déligneuse augmentant le rendement de 5 à environ 15 planches à la minute.

La trésorerie reste fragile : il faut payer au comptant… Mais l’amélioration du parc à grumes se révèle un investissement rentable.

La chaîne de sciage Linck affichée en 2021 © Corinne Longhi © D’Alsace et d’ailleurs
Le poste de contrôle © Corinne Longhi © D’Alsace et d’ailleurs

S’ouvrir au monde

Paul et Philippe Siat partent outre-Rhin découvrir nouveaux outils et nouvelles pratiques. Ils se rendent à Tübingen près de Stuttgart étudier un canter, outil transformant des résineux de petits et moyens diamètres. Ils le mettent à l’épreuve dans une scierie d’Ulm, sans succès. Ils testent alors le matériel de leur ancien partenaire, la société Linck en Forêt Noire. Réputé, leur outillage est également le plus coûteux. Accompagnés des dirigeants de Linck, Pierre et Paul vont en Autriche visiter les scieries Hoefner et Rumpelmeyer. Ils sont désormais convaincus de la nécessité de remplacer le châssis par un canter. Ils s’équipent d’une machine deux fois plus efficace que celle de leur principal concurrent, Ferdinand Braun.

Leur faible trésorerie ne leur donne pas de garanties suffisantes pour les banquiers. Par chance, le gouvernement crée l’Institut de Participation du Bois et du Meuble, l’IPBM. Siat bénéficie ainsi d’une aide bienvenue.

La foire de Hanovre de 1986 montre aux frères Siat la nécessaire acquisition d’un trieur pour compléter les canters. Cette nouvelle dépense monte l’investissement à 24 millions de francs pour 35 millions de chiffre d’affaire. La forêt du Floessplatz achetée en 1953 fera la différence : contrairement à leurs concurrents, les Siat disposent d’une réserve de grumes à des prix compétitifs et, désormais, d’un équipement moderne.

Robert décède en 1987, suivi par son frère Pierre l’année suivante.

Dans l’atelier d’affûtage, les dents des lames sont régulièrement changées, les disques peuvent ainsi durer quelques décennies © Corinne Longhi © D’Alsace et d’ailleurs

Garder le cap

À nouveau l’Institut de Participation du Bois et du Meuble aide la société et, en 1990, l’équilibre des comptes est rétabli. La guerre en Irak fragilise l’économie mondiale, dont le bâtiment. Une tempête abat 110 millions de chablis résineux en Europe, provoquant l’effondrement des cours de bois blancs sciés. La dévaluation des monnaies en Italie, Suède, Espagne, Portugal, freine les exportations et les sciages suédois, bénéficiant d’aides de l’état, sont 15% moins chers que les français. La crise atteint son paroxysme en 1993.

Encore une fois, les frères misent sur un investissement et rénovent le parc à grumes. Il fonctionne désormais 24h sur 24h en semaine ; on le nettoie les week-ends. Une écorcheuse, un détecteur de mitraille, un poste de découpe fixe, l’acheminement automatisé du bois dans le hall de sciage augmentent le rendement. La mitraille ou tout élément métallique présent dans la grume invisible à l’oeil nu est un vrai enjeu : cela fait sauter les lames provoquant des étincelles susceptibles de déclencher un incendie. L’ensemble est inauguré en 1995 en présence du représentant du ministre de l’agriculture Olivier Martin de Lagarde, également sous-directeur des industries du bois, le député Alain Ferry et des professionnels René Weber et René Maechler.




L’essor

Acquisition- fusion

La scierie Braun est à Urmatt la plus grande scierie de résineux du moment et l’un des concurrents historiques de la scierie Siat. Autrefois cette scierie était, elle aussi, à la pointe dans la transformation du bois. Les filles héritières Braun ne veulent pas reprendre l’activité. En 1989, elles vendent l’entreprise à UPM Paper, un groupe papetier finlandais qui s’assure ainsi un approvisionnement en matière première. Mais dix ans plus tard, la scierie a périclité au point de pousser UPM à revendre. Les acheteurs potentiels sont nombreux. Mais c’est la proposition des Siat qui remporte la vente ; la transaction est scellée en 1998.

Pour Siat, cet investissement est un choc des cultures. Les salariés de la société Braun craignent pour leurs emplois et un retour à des méthodes anciennes de direction. Aidés par Didier Anne-Braun, les frères Siat cherchent les moyens de créer une nouvelle histoire commune.

Parallèlement, la bonne gestion porte ses fruits : 60% de nouveaux clients et une augmentation conséquente du rendement redressent l’entreprise en quatre mois.

En 1999, les ouragans Lothar et Martin abattent 54 millions de mètres cubes de chablis, soit sept années de récolte. Les forêts françaises sont les plus impactées. Pour stocker la moitié de leurs 500 000 m3 de grumes, Philippe et Pierre Siat achètent l’ancien aéroclub près de la gare.

Le nouveau millénaire commence positivement avec, en 2002, la remise de médailles du travail à 99 fidèles collaborateurs. On célèbre la fusion des entreprises J&L Siat et Ferdinand Braun devenues Siat-Braun.

Mais les divergences entre la direction souhaitant réaliser de nouveaux investissements et les revendications salariales portées par la CFDT soulève un mouvement de grève en mars 2003. Il cesse au bout d’une quinzaine de jours.

Quelques mois plus tard, en juin 2003, les étincelles d’une soudure provoquent un incendie. Il détruit tout le site d’Urmatt en moins d’une heure. Regroupant les effectifs dans les mêmes locaux, les Siat et les Braun collaborent nécessairement au quotidien, fusionnant enfin.


Jeunesse et renouveau

Une fois encore, la scierie va renaître de ses cendres. Fidèle à l’esprit qui les anime depuis la fondation, Philippe et Pierre Siat y voient l’opportunité de construire sur un site unique regroupant les unités de sciage d’Urmatt et d’Heiligenberg. Immédiatement, ils prennent contact avec constructeurs et services de l’État. Il s’agit, d’un investissement lourd de 43 millions d’euros. Cette somme représente 76% du chiffre d’affaire de 2002 et 80% de celui de 2003. L’indemnisation de l’assurance est faible. Il va falloir amortir.

Préparant leur succession, Philippe et Paul incitent la nouvelle génération à les rejoindre dans l’entreprise. Lionel est le fils de Marie-Odile, une des trois soeurs de Philippe et Paul. Diplômé de l’École des Mines, il travaille trois ans pour Véritas. Puis, en 2005, formé six mois en alternance à l’École Nationale Supérieure des Technologies et Industries du Bois, Lionel s’investit dans la gestion de la toute nouvelle unité de sciage avant de passer à la responsabilité de la maintenance. Enfin il conçoit et lance le projet de l’unité de co-génération. Lionel quitte l’entreprise en 2014 pour raisons personnelles.

Les nouveaux investissements sont rentables. La production est dix fois supérieure à celle des années 1970.

Poste de pilotage de l’unité de co-génération, Urmatt, 2017 © Corinne Longhi © D’Alsace et d’ailleurs

Développement durable

Ce nouveau millénaire s’interroge sur l’environnement et l’écologie devient un enjeu majeur. Dans ce contexte, les frères Philippe et Paul répondent à un appel d’offre de la Commission de Régulation de l’Énergie. Il s’agit de construire des centrales électriques alimentées par la biomasse. Dans son projet de cogénération, Siat-Braun propose un recyclage intégral de ses déchets :

  • la combustion des écorces produit de la vapeur générant de l’électricité via une turbine,
  • la sciure séchée est transformée grâce à l’électricité produite en granules ou pellets de chauffage,
  • les plaquettes continuent de servir à l’industrie papetière mais peuvent également être transformées en pellets.

Craignant pour leur approvisionnement, les papetiers font retarder par les pouvoirs publics la réalisation de cette innovation, faisant perdre un temps précieux à Siat-Braun par rapport à leurs concurrents européens.

L’unité de co-génération évoque les engins spatiaux de la NASA, Urmatt, 2017 © Corinne Longhi © D’Alsace et d’ailleurs

Visite présidentielle

C’est dans ce contexte de déception que le président Nicolas Sarkozy visite la scierie. Accompagné de cinq ministres, il affirme le nécessaire développement de la filière bois, qui est selon lui, une filière d’avenir. Nicolas Sarkozy annonce des objectifs ambitieux. Souhaitant multiplier par dix l’utilisation minimum du bois dans le bâti, il annonce la création du Fonds Stratégique Bois.

Urmatt, 2017 © Corinne Longhi © D’Alsace et d’ailleurs

Reprise

Marc Siat (1976), diplômé dun MBA en gestion d’entreprise, commence par travailler dans la start-up qu’il a créée avec son père Michel Siat. Elle est achetée par IMS Health devenue IQVIA, société de services dans le domaine de la santé. Marc en lance le département asiatique avant de rejoindre l’entreprise familiale en 2010 avec son épouse chinoise. Comme Lionel, Marc se forme sur le terrain.

Un nouvel appel d’offre étant enfin passé, l’unité de cogénération est lancée en février 2010. À cela s’ajoutent les travaux permettant aux 300 camions d’entrer directement sur le site au lieu de traverser Urmatt, ainsi que la construction d’un parc à grumes exceptionnel. Paul propose à Michel Siat (1947), son frère aîné récemment retraité, de rejoindre l’entreprise pour diriger l’unité de cogénération.

Au coeur de la co-génération, les écorces brûlent, Urmatt, 2017 © Corinne Longhi © D’Alsace et d’ailleurs

En 2012, le site d’Urmatt couvre 35 hectares. Il dispose désormais d’un outil unique au monde dans ce domaine d’activité : un scanner permettant d’optimiser au maximum chaque grume et d’éviter les noeuds, les objets métalliques etc. La machine propose un schéma de sciage à l’opérateur qui décide de le valider ou non.

En 2015, Philippe Siat élu Président de la Fédération Nationale du bois, lance un programme tourné vers le bois français et une marque en garantissant l’origine.

La scierie ouvre ses portes au public en 2017, accueillant 2 500 visiteurs.

Jusqu’en 2018, aux côtés de Philippe, PDG, et Paul, Directeur Général, Marc Siat prend progressivement la direction opérationnelle de presque toute l’entreprise : production, sciage, raboterie, jusqu’à atteindre un conflit majeur. Il quitte l’entreprise en juin 2018 mais y revient en juin 2019 recevant tout le soutien de ses oncles, Philippe et Paul.

Raymond Keller, maître sculpteur à Molsheim, grave dans le bois la saga Siat. Portes ouvertes sur le site d’Urmatt, 2017 © Corinne Longhi © D’Alsace et d’ailleurs

200 ans

En 2018 l’anniversaire du bicentenaire est célébré en interne. Au passage, l’entreprise change de nom, passant de « Siat-Braun » à « Groupe Siat » et se dote du slogan « Matière à vivre ».

C’est le début d’un plan prévu jusqu’à 2025, impliquant de profonds remaniements d’organisation interne pour répondre avec plus d’agilité aux rapides changements des conditions du marché.

Tous les 6 ans, Philippe, Paul et Marc investissent pour innover, injectant 8 mois de chiffre d’affaire dans leurs projets, équipant la société avec la pointe de la technologie et la propulsant parmi les leaders du marché.

En 2021, la scierie dispose de canters, scies multiples, d’une unité de cogénération (électricité verte et production de granulés) et d’un scanner à rayons X détectant les nœuds du bois. Ce dernier permet au Groupe Siat de rentrer en compétition avec les exploitants scandinaves : la composition du sol impacte sur la croissance des arbres. Les résineux des Vosges présentent des nœuds que n’ont pas ou moins les arbres scandinaves. Cette difficulté est désormais levée par le scanner. Sa lecture des grumes permet de les répartir en 230 cases de classement de produits contre 90 en moyenne chez les concurrents.

L’autre point fort, garant de la durée de l’entreprise, c’est l’unité de la famille centrée autour d’un même projet, l’ancienne génération travaillant en bonne intelligence avec la nouvelle même si, parfois, la transmission prend le temps d’un nécessaire ajustement.



Présent et avenir

Activités et ressources

En 2021, le Groupe Siat compte trois activités principales : la construction, l’aménagement et la production d’énergie renouvelable.

Les arbres sont prélevés en forêt entre 200 m et 1 000 m d’altitude, dans un rayon de 150 km maximum, favorisant les circuits courts :  Plainfaing (environ 20 hectares de forêt plantée pour moitié par le Groupe Siat en 2014) et Xonrupt Longemer, Fachepremont (45 hectares).

Les grumes, résineux coupés (sapin, épicéas, douglas), sont livrés par camion à Urmatt.

Les camions chargés de grumes attendent sur le parking à l’entrée du site d’Urmatt © Corinne Longhi © D’Alsace et d’ailleurs

Écorcées et passées au scanner, les grumes sont débitées en billons (tronçons) puis stockées dans un parc. Plus tard elles sont sciées en planches rectilignes.

Le résidu est transformé en plaquettes achetées par l’industrie du papier. La chaleur générée par la combustion de l’écorce brûlée est transformée en électricité verte (20 MW thermiques et 4,8 MW électriques). La sciure est séchée avec la chaleur résiduelle puis compressée en granulés/pellets.


Développement durable

Conscients des enjeux environnementaux, les dirigeants du Groupe Siat se sont engagés dans une démarche écoresponsable, visant zéro déchet en valorisant la totalité du bois. Ils favorisent la consommation locale de bois exclusivement français, transformés sur le territoire national.

La cheminée du site principal est équipée d’éco-filtres filtrant les rejets dans l’atmosphère majoritairement composés de vapeur d’eau et d’un peu de CO2.

Les produits de traitement utilisés pour protéger le bois des insectes xylophages et des champignons, 4%, sont dilués dans 96% d’eau.

Les trois sites de production sont situés à moins de 3 km les uns des autres. La scierie de 32 hectares à Urmatt, assure la 1ère transformation du bois. Heiligenberg et Niederhaslach, anciens sites Braun assurent la 2e transformation du bois.

Le Groupe SIAT adhère à :

© Corinne Longhi © D’Alsace et d’ailleurs

Acteurs du maintien et du développement de l’économie locale

Engagé dans le respect du climat, une gestion durable des ressources (replantation et exploitation raisonnée des forêts acquises), la protection de la biodiversité, le Groupe Siat perçoit une aide du Fonds européen agricole pour le développement rural.

Depuis 1964, l’entreprise est passée de 55 à 330 employés en 2021, tout en multipliant par 10 son chiffre d’affaire.

En 2021, l’activité du Groupe Siat c’est :

  • Une scierie à Urmatt en activité 24 h /24 et 7 jours /7
  • 100 camions transportant 5 000 à 6000 résineux/jour
  • 350 000 mètres-cubes de produits finis /an
  • + de 120 000 tonnes de granulés /an
  • + de 120 millions d’euros de CA /an
  • 2 nouveaux sites acquis dans le Tarn (Labruguière et Saint-Agnan)
© Corinne Longhi © D’Alsace et d’ailleurs

Conclusion

Les dirigeants de la famille Siat préservent et développent l’entreprise, la transmettant de génération en génération depuis plus de deux siècles. Préférant investir plutôt que de se verser des dividendes, la famille fonde sa réussite sur des valeurs fortes : audace, courage, persévérance, solidarité, confiance et respect de la parole donnée.

Dans un ouvrage de mémoire, édité à des fins privées en 2021 et sur lequel s’appuie cet article, Michel Siat mentionne plusieurs fois, avec une reconnaissance appuyée, les collaborateurs engagés à corps et à coeur, (tels Patrick Mertz décédé accidentellement en 2013 sur le site), sans qui cette aventure n’aurait pu durer autant, ni avec autant de succès.

Acteur économique majeur de la vallée de la Bruche dans le Bas-Rhin, le Groupe Siat a récemment investi dans le sud de la France, à Brassac et Labruguière dans le Tarn. Mais ceci est une autre histoire…

Entrée du site, Urmatt, 2021 © Corinne Longhi © D’Alsace et d’ailleurs
error: Contenu protégé.