Bergheim – Haut Rhin

Dans un virage de la route des vins, Bergheim apparaît, nichée au coeur d’un écrin de vignobles, sur fond de Forêt Noire.

De pierres et de végétaux

En arrivant de Rorschwihr, un tilleul plusieurs fois centenaire accueille les visiteurs.

Il abrite une bande de copains qui se retrouve là chaque jour. Taquins et joviaux, ces sympathiques retraités prennent plaisir à poser pour la photo autant qu’à renseigner le voyageur curieux.

La conversation s’oriente sur le sujet des arbres. « Moi je suis né en 1942 et lui en 1932 » dit l’un d’eux. Il ajoute : « Gamin on jouait dans les platanes près du lavoir, on grimpait dans les branches et ils étaient déjà gros ».

Les végétaux, les fleurs en particulier sont un des points remarquables de la ville. Bergheim affiche fièrement son label ville fleurie.

Celui-ci l’engage à maintenir la biodiversité, améliorer la qualité de vie et procéder à une stratégie globale d’attractivité passant par un travail sur le fleurissement, le végétal et le paysage.

De fait, les fleurs sont partout : en bacs, en jardinières, grimpantes…

Des oiseaux

Les oiseaux très présents, animent Bergheim de leurs trilles.

Moineaux et hirondelles nichent sous les toits de nombreuses maisons.

Les moineaux sont particulièrement audacieux et s’approchent très près des humains.

Nombreux dans Bergheim, ils se perchent dans des endroits parfois insolites.

À la belle saison on peut observer les parents ravitailler les petits.

Sur le toit de l’église, les cigogneaux s’entraînent à s’élever dans les airs sous le regard attentif des parents.

De longue date

Des fouilles archéologiques attestent d’une présence humaine sur le site depuis le néolithique.

Durant le Moyen-Âge, Bergheim change plusieurs fois de maîtres.

Au XIVe siècle, Henri II de Ribeaupierre, conteste l’héritage paternel. Il entre en conflit avec son frère Anselme de Ribeaupierre qui l’expulse de Ribeauvillé. Par vengeance, Henri II rallie, contre son frère, Henri VII de Luxembourg empereur d’Allemagne.

Vue des remparts prise de la Porte Haute

Henri VII et Henri II attaquent victorieusement Colmar. Henri VII confisque les terres d’Anselme – dont Bergheim – et les offre à Henri II en remerciement pour son aide.

Vue de la Porte Haute prise côté remparts

Henri II de Ribeauvillé affranchit Bergheim et la dote de fortifications. Bergheim devient un fief de Henri VII de Luxembourg. En 1313, Bergheim bat monnaie et perçoit les droits de douane.

Une ville accueillante

Un petit personnage facétieux, posté à côté de la Porte Haute construite en 1312, rappelle le droit d’asile octroyé en 1361 pour toute personne ayant commis un crime non prémédité et excusable ou ayant des dettes.

Ce bas-relief, disparu en 1852, montre comment les « malfaiteurs » pouvaient narguer leurs poursuivants ; le « lack mi’  » raccourci de l’expression « leck mich (am Arsch) » signifie littéralement « lèche-moi le cul ». Celui-ci est une sculpture de 1997.

De l’autre côté de la porte

Passée la Haute Porte, on entre dans la Grande Rue où se trouve l’ancien lavoir intérieur bordé de platanes centenaires.

Cette halte ombragée offre une pause rafraîchissante et bienvenue pendant l’été.

L’Auberge des lavandières accueille les affamés au bord du lavoir.

Les petits commerces

Chez Vogt au 44 de la Grande Rue, on retrouve l’atmosphère des boutiques généralistes de quartier d’antan, tout à la fois presse, tabac, épicerie, boutique de souvenirs, boulangerie.

Le magasin est surmonté d’un cadran solaire astronomique de 1711 restauré en 1959 et 1977. Celui-ci indique les quarts, les demies et les heures, les changements de saison, la position zodiacale du soleil, son heure de lever et de coucher ainsi que la date de l’année en cours. En hiver, l’ombre portée par le toit de la maison d’en face en limite la lecture. Il rappelle : « Sicut umbra fugit vita », « comme l’ombre la vie s’enfuit ».

À l’extrémité de la maison, un porte-drapeau ancien surmonte l’angle de la gouttière.

Au 10 place Pierre Walter, on retombe en enfance devant les rayonnages de pots de confiture. On y trouve des saveurs devenues rares telles que l’églantine et d’autres plus insolites.

Ici aussi, les oiseaux aiment se percher.

Dans Bergheim, les enseignes apportent la touche finale à des façades particulièrement bien entretenues et décorées.

Des sièges disposés un peu partout dans Bergheim invitent à s’attarder.

Plusieurs restaurants situés dans la vieille ville sont à découvrir.

Un patrimoine exceptionnel

Bergheim possède un patrimoine architectural très riche : quatre-vingt-sept bâtiments inscrits à l’inventaire général du patrimoine culturel, tels que l’hôtel de ville, le presbytère, l’école, le musée, la bibliothèque, la chapelle, l’église, le cimetière, l’hôpital ou encore la Porte Haute.

Quatorze bâtiments de la vieille ville datant des XVe au XVIIIe siècle sont classés pour tout ou partie, ainsi que leurs abords, aux monuments historiques.

Place du docteur Pierre Walter

L’ancienne place d’armes puis place du marché, s’appelle désormais « place du docteur Pierre Walter ». La fontaine, son point de mire est actuellement en rénovation.

L’hôtel de ville, ancien Poêle communal construit en 1767, borde une des extrémités de la place au numéro 3.

La maison de 1566, au 6 de la place, présente une façade ornée de pignons crénelés typiques de l’art rhénan des XVe et XVI siècles.

L’ancien Poêle de la Corporation des Vignerons est au numéro 11.

On remarque un personnage gravé dans l’embrasure de la fenêtre.

À l’autre extrémité de la place, un ensemble de maisons du XVIe siècle fait face à la mairie.

De triste mémoire

Des procès de « sorcières », souvent expéditifs, se tiennent à Bergheim entre 1582 et 1683. Ils font quarante-trois victimes – des femmes venant de Bergheim, Rodern et Rohrschwihr – la plupart brûlées vives.

Les travaux d’Edmond Bapst et de Germaine Braun – membre de la société d’histoire de Bergheim et de Ribeauvillé – ont contribué à rappeler leur mémoire.

La Haxahüs, maison des sorcières au 5 place de l’église, leur rend justice à travers une installation pédagogique destinée à tous les publics. Elle est installée au lieu de l’ancien ossuaire de la ville.

Le jardin des sorcières jouxtant la Haxahüs est un jardin fleuri de simples.

Église de l’Assomption de la Bienheureuse Marie

Un document de 703 atteste la présence d’une basilique dédiée à Notre-Dame et détruite en 1287, hors le clocher. Celui-ci appelé « Tour verte » sert de tour de garde, de chapelle et d’ossuaire jusqu’à sa démolition début du XIXe s.

Une seconde église est consacrée en 1347. La nef est transformée au XVIIIe s. On ajoute la chapelle et la sacristie sud au XIXe s.

On peut y admirer des peintures murales médiévales, des fresques du XIVe s., des statues en bois polychrome de 1480, un tableau de 1616 et l’orgue restauré en 2006.

Dans le retable nord, une niche rectangulaire vitrée abrite l’effigie de saint Clément habillée de velours. Sa tête en cire conserve la relique. Cette installation daterait du début du XXe s.

La terrasse -jardin autour de l’église offre une belle vue sur la ville et les montagnes d’où l’on aperçoit le Haut-Koenigsbourg.

La communauté juive de Bergheim

On suppose que les seigneurs de Ribeauvillé accordent les premiers l’autorisation de s’établir dans leur territoire, à des familles israélites, contre une redevance annuelle. Les Juifs payent une taxe à la ville cumulée à celle versée à Louis IV de Bavière. Ces « serfs de la chambre fiscale » sont propriété exclusive de l’empereur qui leur doit protection.

En 1337 des Juifs de la basse-ville de Ribeauvillé sont tués, accusés d’avoir empoisonné les puits. Les seigneurs de Ribeaupierre eux-mêmes les auraient fait tuer ou chasser pour s’emparer de leurs biens. Les comtes Berthold de Graisbach et Albert de Hohenburg, fonctionnaires de l’empire, leur demandent de rendre compte en justice. Mais l’empereur protège les frères Ribeaupierre .

En 1348 la Peste noire sévit en Europe. Les Juifs, accusés d’empoisonner les puits, sont brûlés. L’Administration communale de Bergheim vend la maison ayant servi de synagogue, peut-être confisquée après l’extermination de la communauté.

En 1375 un privilège de Léopold II d’Autriche donne à quelques familles juives le droit de résider à Bergheim et aux autres habitants de percevoir les taxes versées par ces familles.

En 1397, les Juifs sont à nouveau accusés d’avoir empoisonné les puits. Bruno de Ribeaupierre emprisonne, torture et exécute des Juifs dans son château. Ces événements, connus jusqu’à Bâle, en font fuir les Juifs sauf une famille. Ils n’y reviendront qu’au début du XIXe siècle.

La communauté juive de Bergheim se reconstitue au XVIe siècle devenant siège du rabbinat de la région jusqu’en 1910. Au XVIe siècle, la communauté juive de Bergheim est la plus importante de Haute Alsace jusqu’à la Révolution, malgré une expulsion en 1568.

La synagogue confisquée en 1349 est rachetée, restaurée, puis agrandie plusieurs fois. Détruite par un incendie en 1860, elle est remplacée par l’actuelle construite en 1863 au même endroit. Pillée par les nazis en 1940, elle est désaffectée en 1991.

Place du marché aux échalas

Un échalas est un bâton de saule marsault long d’un mètre ou plus servant de tuteur aux ceps de vigne, tiges de houblon ou à un arbuste.

Désormais, plus de marché, mais une jolie place entourée de maisons biscornues.

La fontaine ornée de mascarons, fleurie et fraîche, anime le coeur de la place.

Rue des Vignerons

Dans le coude que fait la rue des Vignerons pour remonter vers l’église, on trouve plusieurs maisons transformées en gîtes.

La rue regorge de détails.

Ma promenade à Bergheim s’achève ici. Il y reste de nombreuses autres jolies façades et détails à découvrir; à vous de venir flâner!

Infos pratiques

Pour aller plus loin

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