Collonges-la-Rouge – Corrèze – France

À la croisée du Limousin, du Quercy et de la Dordogne, abritée des vents par le massif de la Bitarelle, Collonges-la-Rouge est un des plus Beaux Villages de France. Toute de grès riche en oxyde de fer, éclatante au soleil d’été, elle trouve son écrin dans la végétation environnante.

Manoir Ramade de Friac

De l’abbaye à la Vicomté

Le site est occupé dès l’époque Gallo-Romaine. Autrefois de bois, la cité de Collonges s’élevait jusqu’à son incendie sur les collines du Puy de Vézy. En 784 ou 785, les terres, l’église de Collonges et ses annexes, sont données par le comte Roger de Limoges et sa femme Euphrasie d’Auvergne pour financer partiellement la construction l’abbaye bénédictine de Charroux en Poitou. Ce monastère compte jusqu’à 80 moines à son apogée à la fin du XIe siècle et possède 96 églises en France, en Angleterre et dans les Flandres. Richement doté, il possède de nombreux livres et des reliques attirant pèlerins et fortune. Il décline avec la Guerre de Cent ans au XIIIe siècle.

En 844, les moines de l’abbaye de Charroux fondent un prieuré intégré dans la Vicomté de Turenne. Il attire, sous sa protection, paysans, artisans et commerçants. Protégée par une enceinte, la communauté prospère autour du prieuré. De nombreux pèlerins passent par Collonges pour rejoindre Rocamadour puis Compostelle. Leurs passages enrichissent le village. Tous portent une sportelle, sorte d’amulette de métal signalant leur statut de pèlerin. Cousue sur le chapeau ou la pèlerine elle sert de sauf-conduit -laisser passer-, les protégeant lors des guerres et pour entrer dans les cités.


À l’époque carolingienne, une « vicomté » désigne la mission de justice exercée par un officier, le « vicomte », au nom du roi ou du duc, ses supérieurs hiérarchiques nobles. Le terme désigne également une zone géographique comptant plusieurs « châtellenies » dont les fonctions sont financières, administratives et militaires. Entre les XIe et XIIe siècles, les vicomtés deviennent la propriété des vicomtes. La Vicomté de Turenne, indépendante de la Couronne de France, bénéficie d’un statut unique à cette époque dans le royaume. Les Collongeois exemptés d’impôts, jouissent d’exceptionnelles libertés, franchises, privilèges et immunités. En outre, tirant leurs fortunes du droit de l’exercice de la justice, ils s’offrent de somptueuses et solides demeures.

L’état féodal de la Vicomté de Turenne devient un des plus grands fiefs de France. De cette époque, Collonges conserve vingt-cinq tours. La plupart sont réduites pour éviter de payer la taxe imposée à tous les propriétaires de biens dont la hauteur dépasse celle des toits. Cette modification faite à la hâte emporte les voûtes des sommets qui tiennent les murs, ceux-ci commencent à s’effondrer. Les tours restantes sont celles qui ont été consolidées. De même les fenêtres : un impôt sur les ouvertures génère de nombreuses modifications de fenêtres en façade dont on tente de réduire le nombre pour réduire voire éviter la taxe. Les plus petites fenêtres de toits, servaient à aérer les combles pour sécher les noix. Les manoirs et castels conservant leurs fenêtres d’origines appartiennent aux plus fortunés.





L’église Saint Pierre

L’église, dans sa version de grès rouge, date des XIe et XIIe siècles. Le clocher roman, posé sur une tour carrée sur deux étages, est éclairé de hautes baies en plein cintre. Le dernier étage doté d’une couverture conique remplace l’ancienne flèche de grès rouge. Il n’existe que quatre autres clochers anciens de ce type en limousin.

Au XIVe siècle, elle est fortifiée et agrandie par une seconde nef portant un deuxième clocher.

Aux XVe et XVIe siècles, on ajoute quatre chapelles de dimensions inégales et on fortifie à nouveau l’église pour la protéger des Guerres de religion. La tour carré dite « du guetteur » date de cette époque.

Le portail est orné d’un tympan en calcaire blanc tiré d’une localité proche de Turenne. Il daterait du XIIe siècle, sculpté par des artistes de Toulouse. Pendant les Guerres de religion, les Collongeois catholiques auraient, dit-on, pour lui épargner le vandalisme des Huguenots -le vicomte de Turenne et son vassal Vassinhac se convertissent au protestantisme-, démonté le tympan pour le sceller à dix mètres de hauteur derrière un parement du mur du pignon. En 1923, il est remis en place quand l’église est restaurée. L’église est, quant à elle, partagée entre les catholiques célébrant la messe dans la nef principale tandis que les protestants célébraient le culte dans la Chapelle Saint Jacques. On rapporte que le « jeu » consistait à troubler les cérémonies des uns et des autres.

En 1979, des fouilles archéologiques sont entreprises à Collonges, à la faveur de travaux de terrassement. Le Dr Paul Faige publie le résultat de ses fouilles dans le bulletin archéologique de la Corrèze : « On retrouve les infrastructures d’habitations aux belles pierres de taille de grès rouge indiquant que cette cité a perdu un tiers environ de son habitat primitif. » Il mentionne l’hypothèse à confirmer de la présence d’une crypte sous l’église. Il spécule également sur la possibilité que la Tour de garde soit creuse pour que les guetteurs puissent y accéder.  

La légende de la dame verte

Pendant la Guerre de Cent ans, les gens vivent retranchés, à l’abri des fortifications. Pour éviter tout danger, il est interdit de les franchir. Mais une jeune orpheline, la désobéissante Angèle sort du village. Chemin faisant, elle croise un très bel homme, mais un ennemi : un Anglais. Immédiatement séduite, elle succombe et partage avec lui quelques mois heureux. Mais la guerre les sépare : le frère d’Angèle et son amant partent au combat. Chaque jour, Angèle, vêtue d’une longue robe verte, monte dans la plus haute tour de l’église, pour les guetter. À son retour, l’Anglais lui annonce la mort de son frère. Désespérée, elle se jette dans le vide, entraînant avec elle son amant qui tente de la retenir.

On raconte depuis qu’Angèle apparaît sous la forme d’une lueur verte au sommet de la tour quand un danger menace.


Déclin et renouveau

En 1308, le vicomte de Turenne accorde à la ville une charte de franchise. Le droit de juridiction haute, moyenne et basse lui est accordé. Les Collongeois exemptés d’impôts et tirant leurs fortunes du droit de l’exercice de la justice, s’offrent de somptueuses et solides demeures. Des dynasties de procureurs, avocats, notaires prospèrent, dotant Collonges de manoirs et de castels. La population s’étend alors hors les murs, donnant naissance aux faubourgs.

Le déclin s’amorce dès le XVIIe siècle avec des records de froid et de mauvaises récoltes générant des famines. Le coup de grâce arrive en 1738, quand le dernier héritier ruiné par ses dettes de jeux, vend la Vicomté de Turenne à Louis XV. Les privilèges de Collonges prennent fin avec cette vente. Le village connaît un nouveau rebond grâce à la viticulture, produisant un vin blanc réputé et de qualité. Mais le phylloxéra détruisant les vignes en 1880 porte un nouveau coup à l’essor du village. Les noyers remplacent les coteaux.

Collonges tombe progressivement en décrépitude et commence à servir comme carrière de pierres pour construire ailleurs. L’exode rural accélère le mouvement ; le village se vide. En réaction, la municipalité agit : elle fait classer l’église inscrite aux Monuments historiques depuis 1905, la sauvant in extremis d’une irrémédiable ruine. Dans la foulée, la Société des Amis de Collonges se crée en 1927 et s’active pour que le village soit classé en 1942. De nombreux chantiers de restaurations sont entrepris, particulièrement après 1965, pendant le mandat de Charles Ceyrac, maire de Collonges jusqu’en 1996. Il crée en 1982 le label « Plus beaux Villages de France » pour sauver de la désertification et de la ruine de nombreux villages remarquables. Depuis, ils sont 159 à être ainsi valorisés. Par ailleurs, Charles Ceyrac obtient que Collonges devienne officiellement Collonges-la-Rouge. Il fait paver les rues et dissimule les câbles électriques pour libérer les constructions de ces lignes disgracieuses. Les saisons idéales en termes de température et de fréquentation pour la visite sont le printemps et l’automne.


À voir

  • La maison de la Sirène : construite au XVIe s., elle tient son nom de la sirène de pierre incrustée dans le mur. Elle tient dans une main un peigne, et dans l’autre, un miroir. Cette maison abrite le siège de l’association Les Amis de Collonges fondée en 1927. Maison-musée elle présente au sous-sol une collection archéologique et géologique et au 1er étage, la « Chambre d’ Appoline », l’intérieur d’une blanchisseuse au XIXe s.
  • Le castel de Vassihnac, 1583 : Ouvert à la visite, on découvre la salle à manger Louis XIII et les salons Louis XVI. Au 1er étage deux bibliothèques abritent 350 volumes du XVIIIème siècle et la chambre louis XIII et la suite louis XVI. Dehors le parc accueille calvaires et une croix sculptée.
  • Le castel de Benge, 1560 : les pèlerins y trouvaient, entre autres, des renseignements sur leur voyage.
  • Le castel de Maussac, premières décennies du XVIe siècle : composé de deux logis en équerre, d’une tour en poivrière sur une tour carrée, d’un portail à auvent, il porte encore l’enduit de chaux qui couvraient autrefois les façades. Il reste trois siècles dans la famille de ses commanditaires. En 1856, il change de propriétaire. Jusqu’à la fin du XXème siècle, il sert de ferme.
  • Le castel du Martret, fin XVIe siècle : en 1096, Guillaume du Martret est un croisé dans l’armée du vicomte Raymond de Turenne. Sa famille fait partie des administrateurs de la vicomté. Le château passe aux Vézy de Beaufort, puis aux Panchet de Langlade qui sont notaires, procureurs, médecins et pharmaciens. Propriété privée, il ne se visite pas.
  • La chapelle des Pénitents, début du XVe siècle : elle abrite à partir de 1665 la confrérie des Pénitents noirs qui enterrent, jusqu’au XXe siècle, les morts bénévolement. En 1927, la Société des Amis de Collonges la restaure. C’est aujourd’hui un lieu d’exposition.
  • Les portes fortifiées.
  • La halle et son four banal.
  • Les manoirs des Ramade de la Serre, des Ramade de Friac, des Boutang du Peyrat et de Beauvirie.
  • La rue noire permet, grâce à ses nombreux recoins plongés dans la pénombre, d’avancer hors de vue des assaillants.

Pour aller plus loin

Émissions de télévision

Office du tourisme de Collonge

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